Y’à tout juste 2 ans…

J’ai failli passer de l’autre côté… je l’ai vu de très près la pénombre comme on dit, mais finalement y’à quelqu’un qui m’a rattrapé par l’orteil pour me raccrocher à mes baskets et me faire tenir encore un peu… Putain y’à 2 ans, j’ai cru que c’était fini, et j’en ai bavé à mort… Mes proches ont morflé, mon fils n’a pas compris, mon mari a vu son monde s’écrouler sous ses tongues… MAIS ça c’était y’à 2 ans… et maintenant tout va bien… Depuis j’ai fait plus de 40 heures d’avion cumulés, j’ai fait des trecks, j’ai fumé au moins 100 paquets de cigarettes (ouh la vilaine), j’ai couru par loin de 100km (en tout hein pas en une fois), j’ai maigri (bah si quand même un peu), je vois la vie autrement, en fait non… JE VIS NOTRE VIE… Je ne la regarde pas passer… (oh comment c’est trop beau ce que j’ai écrit là!)

Le corps médical je l’ai maudit à en chialer et pourtant il m’a sauvé… Paradoxal non? punaise je leur en ai voulu à mort (bien vu le jeu de mot…) et pourtant ils ont tout fait pour me soulager, mais ça n’allait pas assez vite… à mon goût… La douleur peut parfois vous faire perdre pied, croyez-moi…

Il y a tout juste 2 ans, voici ce qu’il s’est passé… 1 journée pour survivre…

Lundi 7 Juin 2010

Il y a 20 ans de ça, je pensais avoir vécue la pire nuit de toute ma vie. J’avais 10 ans, opération du genou, atroce… Mais en fait non, la pire de toute ma petite existence, c’est celle que je viens de passer, celle où j’ai pensé « Donnez moi un calmant pour hippopotame, ou achevez-moi mais faîtes quelque chose ! ». Les infirmières ont passés leur nuit à courir au rythme des alarmes de mon tensiomètre qui montait en flèche lorsque je manquais d’air… N’allez pas penser qu’une Choupette est trop fière pour appuyer sur la sonnette comme tout malade qui se respecte, mais Choupette avait seulement autre chose à faire que de trouver cette stupide alarme : RESPIRER, trouver de l’air ! A croire que cette nuit là, l’oxygène passait devant mon boxe et se disait « ah non pas là y’à Choupette, demi-tour ! » Après avoir certainement battu le record du 50 mètres départ arrêté, l’infirmière m’a dit « ne bougez pas » (dès fois que je parte en courant), je vais appeler le « Chef de Service ». Après je ne me souviens pas très bien de ce qu’il s’est réellement passé. Le Grand Manitou de Cardiologie est descendu à mon chevet et à lui-même fait descendre l’équipe de réanimation pour voir ce que l’on peut m’injecter en plus pour calmer mon piti poumon qui va si mal… En quelques minutes la décision a été prise, j’ai été mise sous morphine et sous acupent en continue sur 24h par seringue reliée à une grosse machine… En tout cas ça n’a pas forcément fait disparaitre toute la douleur et ça je m’en souviens…

07h10, les charriots commencent à rouler dans les couloirs, je suis STONE mais j’ai toujours aussi mal, ma super Infirmière numéro 1 arrive, elle est douce, parle clairement (et avec des mots que je comprends hourra !), elle commence par la fameuse échelle de la douleur :

«  – Sur une échelle de 0 à 10 à combien évaluez-vous la douleur ?

–       15

–       Pardon ?

–       A 15, j’ai maaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaal »

Elle note scrupuleusement tout ce que je dis, bien que je ne dise pas grand-chose, trop afférée à… devinez… tenter de respirer… Alors après l’échelle de la douleur la Tension. Est-ce vraiment bien nécessaire sachant que je viens de passer plus de 12h00 avec le tensiomètre greffé au bras, qui m’a fait un hématome ENORME à force de trop serrer…

[Note pour plus tard : Quand on te prend la tension en continue automatiquement, même si tu t’étouffes et que tu crois que tu vas y passer, ne pas se contorsionner dans tous les sens pour trouver de l’air : 1/ ça fait courir l’infirmière – 2/ ça décale l’appareil et ça te nique le bras]

Pas grave on change de bras ! A priori le chiffre ne convient pas, elle note tout, elle m’agace… prise de sang, AIEUHHH ! Elle n’est pas si douce que ça finalement.// Il fait chaud, je transpire, je colle, je ne pue pas encore mais à mon avis ça ne va pas tarder ! Et pis comme à l’USIC c’est pas des chambres, nous n’avons pas de portes, c’est OPEN-DOOR, bah tout le monde va en profiter ! Ah tient voilà ma super infirmière numéro 2 qui arrive, et qui m’explique que je n’ai pas fait pipi de la nuit « hum oui et alors ? », et qu’il faut que je le fasse là tout de suite maintenant, sur commande… Ben voyons… Elle fait quelque pas en arrière et me rapproche un Paravent (oui rappelez-vous c’est Open Chambre), bon apparemment le pissou du matin lui tient à cœur… Caillots de sang au poumon = interdiction de se lever, tu ne bouges pas de ton lit, donc en plus du paravent qui est arrivé, tu as le bassin, rien que de penser que je dois monter dessus, j’ai les larmes qui montent, le moindre mouvement (qui m’est soit dit en passant formellement interdit) me fait horriblement souffrir… mais bon elle a l’air d’y tenir au ptit pissou… Ils se mettent à deux pour me soulever et m’assoir sur mes toilettes de fortunes au milieu de mon lit telle la Reine Mère… Ma Super Infirmière numéro 2 voit bien que je suis au bord des larmes (oui, oui elle est restée à côté de moi !!!) et me dit gentiment « il faut qu’on fasse une analyse d’urine pour être sûr qu’il n’y a pas de sang… » au mot SANG, je me liquéfie sur place, je stoppe pissou et l’agresse verbalement :

« – Quel jour on est ?

–       Lundi

–       Noooooooooooooooon quelle date ?

–       Le 07 Juin… »

Je sers les dents, les poings et tout ce que je peux serrer, et je lâche « du sang oui vous allez en trouver, je suis indisposée à partir d’aujourd’hui » Je suis morte (façon de parler) de honte mais j’essaye de rester digne, après tout je suis une femme de 30 ans, je ne suis pas encore ménopausée, donc oui j’ai mes règles… Pas de larme, DIGNE Choupette, Digne… et là je vois mon paravent s’en aller, sans rien dire… Le coup de Grâce ! Dignité Zéro pointée, assise au milieu de mon lit, sur mon trône, le dos et le cul à l’air dans la chemise de l’hôpital… Je chiale… Faites bien la différence entre PLEURER et CHIALER… Pleurer s’est discret, tu renifles doucement, tu attrapes un mouchoir pour t’essuyer les yeux… Non là c’est rien de tout ça, là JE CHIALE… Ma super infirmière me console comme elle peut « c’est pas grave Mme Choupette, on a l’habitude »… Je me calme, et là bien évidemment elle me demande « vous avez des protections périodiques ? »

1/ Je n’avais pas entendu ce mot depuis le collège, moi c’est plutôt serviette, tampon, moon-cup, cravate à mickey éventuellement

2/ Non je n’en n’ai pas sur moi, je n’avais pas prévu de rester là hier après-midi…

Et Zhom hier soir ne s’est pas dit « tiens et si je lui amenais des Nanas ? » Bref je me retrouve avec ZE couche, façon je viens d’accoucher y’à trente minutes, recouchée dans mes draps avec une étoile sur mon tableau Velléda accroché au mur en face de mon lit. Je me demande si cela veut dire « pipi du matin OK » ou « indisposé » Ca doit être un code secret de l’USIC, ou alors l’étoile ça veut dire « Attention elle CHIALE »

Je regarde ma montre, il n’est que 07h50 alors que j’ai l’impression que cela fait des heures que la journée a démarrée…

A 08h00 le paravent revient, que va-t-il encore m’arriver ? Une nouvelle dame, pleine de sourire « c’est l’heure de la toilette » et elle regarde le tableau et me dit « ah vous avez de la chance c’est moi qui vous lave » (peut être la traduction de l’étoile ?!?) 2ème humiliation de la matinée, je suis obligée de lui dire, je ne peux pas lui cacher je laisse passer entre mes dents « je suis indisposée », bien évidemment elle n’a pas entendu et me fait répéter. Grrr Excédée je lâche un grand « j’ai mes règles ! » « On mais c’est pas grave ça ! On va commencer par le bas, j’irai changer l’eau et puis on terminera le reste » Décidemment rien n’est grave à l’USIC. Je vous passe le « vous avez un gant et votre savon préféré », « hum oui chez moi avec mon mari et mon fils, mais je les emmène rarement quand je sors ! »…

La journée va être longue… très longue…

Je demande des nouvelles de mon caillot, on me répond « le chef de service va venir vous voir ce matin », bon ou mauvais signe je ne sais pas. Je suis fatiguée, il est à peine 09h00, je ne trouve même pas le courage de décrocher mon téléphone, ou d’envoyer le moindre SMS. Les médecins commencent à défiler mais pas dans mon Boxe, les cachets ne font pas/plus effets, je redemande quelque chose contre la douleur, on ne peut pas, s’est trop tôt, je suis déjà au maximum. Je me remets à pleurer, plus je pleure, plus j’ai mal, plus j’ai mal, plus je pleure, c’est le chat qui se mord la queue… Ils font descendre la Fée Clochette, infirmière spécialisée dans la gestion de la douleur, elle se révélera être ma meilleurs alliée pendant mon séjour à l’hôpital, et ma psy personnelle aussi par moment… elle m’écoute, répond à mes questions, j’en ai quelques unes, m’explique les choses avec des mots compréhensibles, elle va tenter de mettre un protocole médical en place pour me soulager, et essayer de le faire adopter par les médecins… Morphine, Acupent, Perfalgan, et mon amie l’oxygène à garder en permanence devraient m’aider à garder le cap…

Dans tout ce chaos médical, je me mets à penser à mon bureau, je sais que Zhom prévenu mon patron, mais je sais aussi que je suis en bouclage, ça va être le bazar… Je prends mon téléphone et je rédige un mail en donnant les instructions les plus importantes, ce sera le dernier mail que j’enverrai… Mon boss m’a coupé mes accès pendant un mois pour que je me concentre sur ma santé et pas sur la russie

14h00 Zhom et Mounette arrivent, ils peuvent rester 2h00 c’est court, je suis un peu déconfite dans mon lit, mais j’essaye de sourire, Zhom me parle de Bibou, il a bien mangé, bien dormi, il tient debout pendant de longues minutes maintenant, il se relève tout seul dans le parc… Il m’a amené quelques affaires, ma mallette avec mon PC, ma DS, la clé 3G pour que je puisse me connecter à Internet, ma trousse de toilette etc… Mon nécessaire de survie en fait…

Et bien lui en a pris, j’ai passé 15 jours à l’hôpital… avec une semaine à ne pas savoir de quoi sera fait demain…

Mais on s’en fout hein? Ca fait 2 ans! Jour pour Jour aujourd’hui… 

 

 

 

 

 

 

2 commentaires

  1. Choupette,
    Ça fait des années qu’on se connaît, et qu’on s’est pas vues, c’est vrai.
    Il y a deux ans, j’étais pas là, et je ne sais pas si ça aurait changé quoique ce soit, malheureusement.
    mais je suis heureuse pour toi, ton zhom, ton loulou et tous les tiens, qu’il y a deux ans tu aies gagné… Et pouvoir te croiser au hasard du net…
    Je t’embrasse, Super-Vivor-Choupette!

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